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La guerre commerciale à mort menée par les USA à la France et à l’Europe : PSA, un cas d’école !

aigle américain
Posté par: Catégorie : Editos 02 mar 2016 Commentaires: 0 Mots-clés :, , , , , , , , , , ,

Le redressement du groupe PSA est une excellente nouvelle. Au bord de la faillite il y a cinq ans (déficit de cinq milliards d’euros en 2012), Peugeot avait procédé au gel des salaires et supprimé 17000 emplois. Le crash avait été évité grâce à l’intervention de l’Etat et à l’entrée dans le capital du constructeur français, en mars 2014, du groupe chinois Dongfeng, après le départ fin 2013 de l’américain General Motors.

Les bons résultats engrangés en 2015 (1,2 milliard d’euros de bénéfice, une marge opérationnelle de 5% sur la division automobile), ont conduit la direction à verser à ses salariés qui avaient accepté des sacrifices une prime d’intéressement de 2000 euros en moyenne.

PSA de nouveau bénéficiaire

Il convient là aussi de s’en féliciter, tout en rappelant que ces derniers n’ont pas été épargnés par les plans de délocalisations. En juin dernier, un accord a été signé pour l’installation d’une nouvelle usine à Kenitra (Maroc). Celle-ci pourrait à terme fournir le marché européen…en concurrence directe cette fois avec les productions françaises.
Le retour de Peugeot, comme de Renault, sur le marché iranien avec la levée de l’embargo (1,6 million d’immatriculations par an en 2011, pratiquement, autant qu’en France, un million ces dernières années, à terme deux millions selon les prévisions), offre aussi des perspectives stimulantes.

Pressions, ultimatums américains…

Présent en Iran depuis 1978, deuxième marché du groupe après la France il y a cinq ans, la marque au Lion jouit d’une excellente image au pays des Mollahs. Celle-ci avait été cependant éclaboussée par le départ brutal et en catastrophe de PSA en 2012. Le partenaire iranien de Peugeot, Iran Khodro, avait certes continué à produire (sans l’accord du constructeur français) des vieux modèles faute de licence, mais la réimplantation de PSA en Iran a eu comme contrepartie le versement d’indemnités à Téhéran (d’un montant non révélé).

Ce repli de PSA d’Iran en mars 2012 fut le fruit d’une habile stratégie américaine. Il fut la conséquence de l’alliance conclue en février de la même année entre Peugeot et General Motors. Le groupe américain avait conditionné son entrée à hauteur de 7% dans le capital du groupe, alors pris à la gorge, à l’ultimatum suivant, non négociable : le départ sans préavis, immédiat de Peugeot d’Iran ! En réalité, les USA n’ont jamais accepté d’avoir été supplantés par les Français après la Révolution islamique. A cette époque, le partenariat Peugeot/Iran Khodro couvrait alors 30 % du marché automobile iranien ! !

… et manipulations !

Cela s’est traduit pour PSA par la perte de centaines de millions d’euros, de plus de 450 000 véhicules et des milliers d’emplois volatilisés. De même, Renault sera contraint de plier bagage un an plus tard, informé qu’il subira des sanctions sur sa filiale Nissan aux Etats-Unis s’il fait de la résistance…

Or, nous l’avons vu, GM n’a fait qu’un passage éclair dans le capital de PSA, et a revendu très vite ses parts (avec une moins-value) au chinois Dongfeng. Ce qui rend extrêmement crédible l’hypothèse dans cette affaire d’une manipulation américaine. En effet, le retrait de General Motors de Peugeot, a correspondu, quelle coïncidence !…. avec l’annonce par Barack Obama de la levée des sanctions frappant l’Iran, y compris pour le secteur automobile, pour une durée alors d’au moins six mois. Chacun l’aura compris, dans ces conditions, GM n’avait plus besoin de jouer le cheval de Troie au sein de PSA pour pénétrer le marché iranien qui leur était interdit ; ne serait-ce que pour y faire entrer, via l’Azerbaïdjan, des Chevrolet, marque de GM.

Les Etats-Unis ont beaucoup plus besoin du marché européen que l’inverse !

Un embargo, dont la fin a été annoncée officiellement en janvier dernier à Vienne, mettant un terme à dix années de gel économique, et dont la France a su bénéficier notamment avec l’annonce par Téhéran de la spectaculaire commande de 114 avions Airbus. Mais cette « affaire Peugeot » n’est pas inutile à rappeler car elle est emblématique de la féroce guerre commerciale menée par les Etats-Unis contre la France.

Une réalité à ne pas perdre de vue, à l’heure des négociations, très opaques, qui ont repris le 22 février à Bruxelles entre l’UE et les Etats-Unis, dans le cadre du très inquiétant « TIPP », à savoir le futur Marché Transatlantique.

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